
Les statuts organisent la société. Le pacte d'associés organise la relation entre ceux qui la détiennent : qui décide quoi, qui peut vendre et à quelles conditions, ce qui se passe si un fondateur part ou si un acquéreur se présente. En France, presque toute levée de fonds s'accompagne d'un pacte. Mal rédigé, il devient la source principale des conflits entre associés.
Ce guide présente le rôle du pacte, ses clauses essentielles et ses limites juridiques. Il sert d'introduction à une série d'articles consacrés aux principales clauses : gouvernance, leaver, tag along, drag along, liquidation préférentielle et waterfall.
| Critère | Statuts | Pacte d'associés |
|---|---|---|
| Publicité | Déposés au greffe, consultables par tous | Confidentiel |
| Opposabilité | Opposables à la société et aux tiers | Engagent seulement les signataires |
| Modification | Décision collective selon la majorité statutaire | En principe unanimité des signataires |
| Sanction d'une violation | Nullité possible de l'acte contraire (en SAS) | Surtout des dommages et intérêts |
La différence d'efficacité est décisive. Une cession réalisée en violation d'une clause d'agrément ou de préemption statutaire de SAS peut être annulée. La même violation d'une clause figurant uniquement dans le pacte ouvre surtout droit à des dommages et intérêts, sauf si le tiers acquéreur connaissait la clause. Les clauses essentielles au contrôle du capital sont donc souvent reprises dans les statuts, le pacte détaillant leurs modalités.
Le pacte est un contrat, soumis au droit commun des obligations. Plusieurs limites s'imposent :
Un pacte doit être conçu pour évoluer. Chaque nouvel associé, salarié exerçant ses BSPCE ou investisseur, doit y adhérer, ce qu'il faut prévoir dans les plans d'intéressement et les contrats d'émission. Chaque tour de table conduit généralement à une refonte. Romain Waiss-Moreau rédige des pactes structurés pour absorber les tours suivants sans tout renégocier.
| Stade | Clauses prioritaires | Clauses souvent absentes |
|---|---|---|
| Création entre cofondateurs | Vesting et leaver, exclusivité, non-concurrence, préemption, sort des actions en cas de désaccord | Liquidation préférentielle, comité stratégique |
| Amorçage (business angels) | Information, préemption, tag along, drag along, adhésion des porteurs de BSPCE | Vetos étendus |
| Série A et au-delà | Comité stratégique, décisions importantes, liquidation préférentielle, anti-dilution, waterfall, liquidité | Aucune en particulier |
Un pacte de création signé entre cofondateurs est souvent le plus utile de tous : il règle à l'avance le cas du cofondateur qui part, principale cause d'échec des jeunes sociétés.
Deux cofondateurs détiennent chacun 50 % d'une SAS, sans pacte. Après dix-huit mois, l'un d'eux cesse de travailler sur le projet mais conserve ses actions et bloque toute décision en assemblée. La société ne peut plus lever de fonds : aucun investisseur n'entre dans une société où la moitié du capital appartient à un associé inactif. La sortie a nécessité une négociation longue et coûteuse. Un pacte prévoyant un vesting sur quatre ans et une clause de leaver aurait permis de racheter la majorité de ses actions à un prix déterminé. C'est le premier document que le cabinet propose à des cofondateurs, souvent avant même les statuts définitifs.
Non. Un pacte unique, signé par tous les associés, est la règle. Il distingue simplement les droits de chaque catégorie : fondateurs, investisseurs, salariés devenus associés. Les salariés y adhèrent souvent par un acte d'adhésion simplifié, qui ne leur donne qu'une partie des droits mais les soumet aux clauses de sortie.
Non. Il est cependant vivement recommandé dès qu'il y a plusieurs associés, et pratiquement exigé par tout investisseur professionnel.
En principe non, sauf clause prévoyant une modification à une majorité qualifiée des signataires. Cette clause est fréquente dans les pactes comptant de nombreux associés.
Oui, pour ses aspects contractuels. Les règles impératives du droit des sociétés français continuent toutefois de s'appliquer à une société française.
Le pacte est conclu pour une durée déterminée, souvent entre huit et quinze ans, parfois renouvelable. Une durée indéterminée permettrait à chaque signataire de le résilier à tout moment, ce qui priverait les clauses de sortie de leur efficacité.
Vous exposez votre projet. À l'issue, vous saurez si l'une des quatre offres est adaptée, ou si nous devons vous orienter ailleurs. FR ou EN, Paris ou New York, confidentiel.